Costa : Le manifeste brûlant – Violence, Culture, Sport & Fashion

Crédit Photo : @Ihiyanurkic

Dans un paysage rap en perpétuelle évolution, où l’esthétique prime souvent sur le fond, certains rappeurs choisissent d’emprunter une voie plus radicale, où la musique devient un véritable terrain de lutte, de revendication. Costa a choisi cette voie. Son rap s’impose comme un exutoire et une arme de contestation : Costa, initialement complété des lettres BLF pour Baise les fafs, annonce la couleur : pas de demi-mesure.. Depuis ses débuts, le Parisien a cultivé une identité sans compromis, entre engagement politique et esthétique incisive. Aujourd’hui, avec Violence, Culture, Sport & Fashion, il livre un premier long format percutant, à mi-chemin entre le manifeste et la chronique sociale.

Si Costa s’est forgé une première réputation avec des morceaux percutants (Coca Cherry, BLF) et une trilogie d’EP (La ville derrière nos torches, Derrière la ville, Là, derrière), ce nouvel opus marque une étape décisive. Ici, plus question d’expérimentation : tout semble déjà en place, comme si Costa savait exactement où il allait. Majoritairement produit par Diogènes et Seak, le projet oscille entre boom-bap moderne, influences 2-step et mélodies plus introspectives, créant une atmosphère tendue et immersive. 

Dès les premières notes, Violence, Culture, Sport & Fashion impose son ton avec COSTICINHO. Ici, pas de détours : Costa dissèque le système, dénonce les inégalités, sans fioritures. Son rap ne se contente pas de scander des slogans, il raconte, analyse et expose les rouages d’une société qu’il observe avec un regard acerbe. Cette approche trouve un écho dans la culture casual et l’univers des ultras qu’il revendique : un mode de vie où la musique, le style et l’engagement ne font qu’un. 

Les collaborations viennent enrichir cet univers sans jamais le dénaturer. EDGE, Okis, Jungle Jack et Bakari apportent leur propre énergie, chacun trouvant sa place sans effacer la direction artistique de l’album, eux-mêmes étant des artistes très engagés. KISAME, avec Bakari, donne le ton dès sa sortie en tant que premier single : un morceau incisif et sombre, reflet de la tension qui traverse le projet. Parmi les autres moments forts, FABRICS, en featuring avec Jungle Jack, condense toute l’intensité du disque, tandis que le freestyle 4-2-4 joue sur une construction en escalade, laissant exploser un refrain cathartique. 

Ce qui distingue vraiment Costa, c’est son écriture. Il déploie une plume affutée, sans superflu, chaque mot est pesé, chaque ligne touche avec précision. Sa colère n’est jamais gratuite : elle se nourrit d’une expérience que l’on ressent, d’un contexte qui est détaillé, et se traduit par une analyse aussi brutale que pertinente. Si certains morceaux se présentent comme des coups frontaux, d’autres laissent entrevoir une introspection plus subtile, où Costa questionne son propre engagement et son rapport au monde qui l’entoure.  

Avec Violence, Culture, Sport & Fashion, Costa ne cherche pas à plaire à tout prix, ni à suivre les tendances. Il trace sa propre route, avec une vision claire et affirmée. Ce projet ne se contente pas d’être une succession de morceaux bien produits : il incarne une posture, une idée du rap où fond et forme se confondent. Dans une industrie où les discours se lissent et les postures se calculent, Costa propose une alternative brute et sincère, où la musique reste un moyen de lutte autant qu’un exutoire.

Cover "Violence, Culture, Sport & Fashion" par @julien_kudic

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